La joie est souvent présentée comme l’émotion la plus simple, la plus désirable, la plus évidente. Celle que l’on cherche à ressentir davantage, celle que l’on associe spontanément au bonheur, à la réussite, à la légèreté.
Et pourtant, dans l’expérience intime comme dans la pratique thérapeutique, la joie est rarement fluide.
Dans la réalité clinique, la joie est souvent brève, retenue, parfois même inconfortable.
Beaucoup de personnes disent :
« Je ressens la joie… mais elle ne dure pas. »
« Quand quelque chose de bien arrive, j’ai du mal à en profiter. »
« Je sais que je devrais être heureux(se), mais je ne ressens pas grand-chose. »
Ces phrases ne traduisent ni un manque de gratitude, ni un défaut de positivité.
Elles révèlent autre chose : un rapport conditionné à la joie.
Comprendre la joie, ce n’est donc pas apprendre à la provoquer.
C’est apprendre à observer ce qui, en nous, l’interrompt, la limite ou la rend suspecte.
La joie n’est pas un objectif à atteindre.
Elle est un révélateur intérieur.
Comprendre la joie : une émotion de circulation et d’ouverture
La joie survient lorsque nous avons la sensation d’exister pleinement.
Elle peut apparaître après avoir accompli quelque chose, atteint un objectif, franchi une étape importante, ou encore lorsque nous recevons une reconnaissance, une attention, un moment de lien attendu.
Cependant, réduire la joie à la réussite serait une erreur.
Ainsi, certaines des joies les plus profondes surgissent en dehors de toute performance :
un instant de présence, une sensation corporelle, une connexion authentique, un paysage, une respiration qui s’apaise.
La joie est avant tout une émotion de circulation.
Elle met en mouvement une énergie d’ouverture, d’« aller vers », qui relie à la fois :
- à soi,
- à l’autre,
- et au vivant.
Sur le plan énergétique, la joie ouvre le chakra du cœur.
Elle permet l’offrande, la réception, la relation sans calcul.
Son message fondamental est simple :
« J’ouvre mon cœur. »
Lorsque la joie circule librement, elle devient naturellement communicative.
Elle se transmet sans effort, de cœur en cœur, et renforce profondément le sentiment d’exister.
La joie : une expérience corporelle avant d’être psychologique
La joie n’est pas une idée, ni un état mental.
Avant d’être interprétée ou analysée, la joie est une expérience corporelle mesurable.
Lorsqu’une personne ressent de la joie, ce n’est pas seulement une émotion « agréable » qui traverse la conscience : c’est tout un ensemble de systèmes physiologiques qui se mettent en mouvement de façon coordonnée.
Sur le plan du système nerveux, la joie est étroitement liée à l’activation du système parasympathique, celui de la détente, de la récupération et de la régénération.
Elle apparaît lorsque le corps reçoit le signal que le danger est suffisamment éloigné, que la vigilance peut diminuer, que le relâchement est possible.
C’est pour cette raison que la joie authentique s’accompagne presque toujours :
- d’une respiration plus ample,
- d’un relâchement des épaules et du ventre,
- d’une sensation d’ouverture dans la poitrine,
- et parfois d’une chaleur diffuse dans le corps.
En effet, un corps constamment en tension, en hyper-contrôle ou en vigilance chronique ne peut pas accueillir durablement la joie.
Il peut ressentir de l’excitation, du soulagement, voire de l’euphorie, mais pas cette joie profonde et stable qui nourrit l’être.
La joie et le système nerveux : un état de sécurité intérieure
Sur le plan neurophysiologique, la joie correspond à un état de sécurité intérieure.
Lorsque le système nerveux perçoit que l’environnement est suffisamment sûr :
- le nerf vague est stimulé,
- la fréquence cardiaque se régule,
- la respiration devient plus lente et plus profonde,
- le tonus musculaire s’adoucit.
Cet état permet l’accès aux émotions dites « sociales » : la joie, mais aussi la gratitude, la tendresse, l’élan relationnel.
À l’inverse, lorsque le système nerveux reste bloqué en mode survie (lutte, fuite ou figement), la joie devient difficilement accessible.
Non pas parce qu’elle est absente, mais parce que le corps ne s’autorise pas à se relâcher suffisamment pour la ressentir.
Cela explique pourquoi certaines personnes disent :
« Je sais que tout va bien, mais je ne ressens rien. »
Le problème n’est pas cognitif.
Il est neuro-corporel.
Les mécanismes hormonaux de la joie et du bien-être
La joie s’accompagne de modifications hormonales précises, qui contribuent à son effet nourrissant et réparateur.
- La dopamine
Elle est impliquée dans la satisfaction et l’intégration de l’expérience réussie.
Lorsque la joie est trop brève ou immédiatement minimisée, la mémoire de satisfaction ne s’inscrit pas durablement. - La sérotonine
Concrètement, elle est liée au sentiment de sécurité intérieure, de stabilité émotionnelle et de contentement.
Une joie calme et profonde favorise son installation. - L’ocytocine
Hormone du lien et de la confiance, elle explique pourquoi la joie se renforce lorsqu’elle est partagée. - Les endorphines
Elles participent à la sensation d’apaisement et à la dimension réparatrice de la joie, notamment après un effort ou une traversée émotionnelle.
Le mécanisme psycho-émotionnel et énergétique de la joie
La joie occupe une place très particulière parmi les émotions.
À la différence de la peur, de la tristesse ou de la colère – qui transitent principalement par le chakra sacré – la joie agit directement sur le chakra du cœur, centre de l’équilibre, de la relation et de la cohérence intérieure.
Par sa nature lumineuse, elle ne nourrit pas une seule dimension de l’être, mais l’ensemble de notre structure.
Elle est en lien avec la sphère causale, ce qui lui confère une fonction profondément structurante : la joie touche à ce qui fonde notre rapport à la vie elle-même.
Sur le plan corporel, la joie est associée au thymus, glande clé du système immunitaire et du sentiment de sécurité intérieure.
Elle favorise la diffusion d’hormones liées au bien-être, indiquant que, pour un instant au moins, nos besoins fondamentaux sont reconnus.
Un point essentiel distingue la joie des autres émotions :
c’est la seule émotion dite “agréable” que nous pouvons inviter consciemment.
Nous ne pouvons pas décider d’avoir peur ou d’être triste.
Mais nous pouvons créer les conditions favorables à l’émergence de la joie.
Encore faut-il nous y autoriser.
Le thymus et la joie : une lecture psycho-émotionnelle et corporelle
Le thymus est l’organe du corps physique en lien direct avec la joie.
Situé derrière le sternum, au niveau du chakra du cœur, il possède une particularité unique : c’est le seul organe du corps humain qui rétrécit naturellement avec le temps.
Cette donnée physiologique interroge.
Est-ce un simple phénomène biologique… ou le reflet d’un rapport émotionnel plus profond à la vie ?
Dans mon travail, j’émets l’hypothèse que la joie nous est en quelque sorte “prêtée” à la naissance.
Durant l’enfance, le thymus est pleinement actif, et la joie circule de manière spontanée, naturelle, non conditionnée.
Puis, au fil des années, le thymus se rétracte progressivement.
Non pas parce que la joie disparaît, mais parce que nous ne la laissons pas suffisamment s’installer en nous.
La joie indique que le besoin est satisfait.
Elle ne peut pas, en elle-même, avoir d’effet négatif.
Pourtant, nous avons appris à la vivre comme une émotion passagère, aussitôt remplacée par une autre.
Tant que la joie ne devient pas la toile de fond de notre corps émotionnel — celle sur laquelle les autres émotions peuvent se déployer — elle ne peut remplir pleinement sa fonction nourricière.
Pourquoi la joie ne dure-t-elle pas ?
Et pourtant, malgré cette fonction essentielle, malgré son ancrage corporel et biologique, la joie reste souvent fugace.
Dans notre fonctionnement émotionnel habituel, elle est traitée comme une information passagère.
Elle apparaît pour signaler qu’un événement positif est en cours… puis disparaît dès qu’une autre émotion prend le relais.
Cette brièveté n’est pas inhérente à la joie.
Elle est souvent liée à notre rapport intérieur à la satisfaction.
Or la joie demande une chose simple… et pourtant difficile : s’arrêter.
D’abord, pour ressentir.
Ensuite, pour intégrer.
Enfin, pour laisser l’expérience s’inscrire dans le corps et la mémoire.
C’est précisément à cet endroit que les formes-pensées entrent en jeu.
Le rôle des formes-pensées dans le blocage de la joie
Les formes-pensées sont des structures de croyances issues de notre histoire personnelle, familiale ou collective.
Elles orientent notre manière de percevoir le monde, de ressentir les émotions et d’y réagir.
La joie ne fait pas exception.
Elle est même l’émotion qui révèle le plus clairement l’action des formes-pensées, car elle implique simultanément :
- l’ouverture,
- le relâchement,
- la réception,
- la satisfaction.
C’est pourquoi aucune forme-pensée ne supprime la joie.
Mais chacune peut la filtrer, la conditionner ou la raccourcir.
La joie face aux formes-pensées : une émotion révélatrice
Chaque forme-pensée agit comme un filtre spécifique sur la joie.
Elle n’en empêche pas l’existence, mais en modifie la durée, l’intensité ou l’accès.
Forme-pensée
Abandon
Croyance sous-jacente
« Ce qui est bon ne dure pas »
Comment la joie est filtrée
La joie est ressentie puis coupée par anticipation de la perte.
Rejet
« Si je me montre tel(le) que je suis, je risque d’être rejeté(e). »
La joie est contenue, réduite, pour ne pas prendre trop de place ni se dévoiler.
Danger
« Se relâcher est risqué. »
La vigilance permanente empêche l’abandon nécessaire à la joie.
Echec
« Ce que je fais ne compte jamais vraiment. »
La joie est minimisée, invalidée, remplacée par l’autocritique ou le découragement.
Dépendance
« Je vais bien seulement si l’autre est là ou me valide. »
La joie devient instable, conditionnelle, soumise à l’extérieur.
Perfection
« Je serai heureux(se) quand tout sera parfait. »
La joie est toujours reportée, jamais pleinement autorisée.
Vulnérabilité
« Si je m’ouvre, je serai blessé(e). »
L’ouverture du cœur étant perçue comme dangereuse, la joie est freinée.
Sacrifice
« Mes besoins passent après ceux des autres. »
La joie devient suspecte ou culpabilisante, assimilée à de l’égoïsme.
Dévalorisation
« Je ne mérite pas. »
La joie ne s’ancre pas : elle glisse sans laisser de trace intérieure.
Performance
« Je dois toujours faire plus pour valoir quelque chose.»
La satisfaction est trop brève, immédiatement remplacée par la tâche suivante.
Autrement dit, la joie n’est pas absente. Elle est filtrée.
La joie comme levier thérapeutique
Travailler la joie ne consiste pas à rechercher un état agréable à tout prix.
Il s’agit d’un véritable travail thérapeutique.
Là où une forme-pensée maintient la vigilance, la joie invite au relâchement.
Là où elle impose la retenue, la joie propose l’ouverture.
La joie n’est pas la conséquence de la transformation intérieure :
elle en est l’un des leviers.
Comment libérer et installer durablement la joie
Créer les conditions intérieures de la joie
Libérer la joie ne consiste pas à “aller mieux”, ni à chercher à forcer un ressenti.
Il s’agit avant tout de cesser de la retenir.
Dans beaucoup de parcours de vie, la joie a été associée à un danger, une culpabilité ou une illusion.
Alors, même lorsqu’elle apparaît, elle est rapidement coupée, minimisée ou contrôlée.
La libération de la joie commence là : dans la permission de la laisser exister.
Libérer la joie ne signifie pas éviter la tristesse, ni chercher à la remplacer.
Comme toute émotion, la joie ne peut s’installer durablement que là où les autres émotions ont le droit d’exister.
Cette compréhension s’est imposée à moi lors d’un moment de grande tristesse.
Parfois, cette permission ne se donne pas dans les moments faciles, mais au cœur même de l’épreuve.
Reconnaître la joie lorsqu’elle se présente
La joie ne se manifeste pas toujours de façon spectaculaire.
Elle apparaît souvent sous la forme de micro-sensations :
un relâchement, un soupir, une chaleur dans la poitrine, une respiration qui s’approfondit.
Apprendre à reconnaître ces signes, même très discrets, est une première étape essentielle.
Cela suppose de ralentir, d’être à l’écoute du corps, et de ne pas attendre une émotion « parfaite » pour se dire que l’on ressent de la joie.
Ralentir pour laisser la joie s’inscrire
La joie a besoin de temps pour s’ancrer.
Or, nos formes-pensées nous poussent souvent à passer immédiatement à autre chose :
au prochain objectif, à la prochaine tâche, à la prochaine inquiétude.
Prendre quelques instants pour rester avec la sensation agréable, respirer dedans, la laisser se diffuser dans le corps, permet à la joie de s’imprimer dans la mémoire corporelle.
C’est cette inscription qui la rend plus stable et plus nourrissante.
Autoriser la joie sans justification
Beaucoup de personnes ressentent de la joie, puis la censurent intérieurement :
« Ce n’est pas le moment. »
« Je n’ai pas de raison de me sentir bien. »
« D’autres vont mal. »
Libérer la joie, c’est accepter qu’elle n’a pas besoin d’être méritée, expliquée ou validée.
Elle est une réponse naturelle du vivant lorsque les conditions de sécurité sont réunies.
Passer par le corps pour soutenir la joie
La joie est une expérience corporelle avant d’être psychologique.
Certaines pratiques simples peuvent l’éveiller ou la renforcer :
la respiration lente et profonde,
le mouvement doux,
le contact avec la nature,
la musique, le chant, la vibration.
Ces pratiques n’ont pas pour but de “créer” la joie, mais de lever les freins corporels qui l’empêchent de circuler.
Partager la joie pour la stabiliser
La joie se consolide lorsqu’elle circule.
La partager — par un regard, un mot, un geste — permet de l’ancrer plus profondément et de renforcer le sentiment de lien.
Partager la joie ne signifie pas l’exposer ni la justifier, mais simplement la laisser être vue.
Une expérience vécue : la joie au cœur de l’épreuve
J’ai compris cela lorsque mon père est parti.
J’étais arrivée à l’hôpital quelques minutes après qu’il ait quitté son corps. Tout était encore très dense, très chargé. J’étais envahie par la tristesse, un peu perdue, comme suspendue.
Je suis sortie prendre l’air. Je me suis assise dehors, sans chercher à comprendre, sans chercher à me calmer. Les larmes coulaient simplement.
Et puis, à un moment, j’ai senti la chaleur du soleil sur ma peau. Elle était douce, enveloppante, presque réconfortante. Mon corps a réagi avant ma tête. Quelque chose s’est détendu dans ma poitrine. Un espace s’est ouvert. Et, pendant quelques instants, je me suis sentie bien.
Lorsque la joie apparaît au cœur de la traversée
Presque immédiatement, une pensée est venue :
« Tu ne peux pas ressentir cela, ton père vient de mourir. »
Et c’est là que quelque chose s’est déplacé en moi. J’ai compris que cette pensée était une vieille croyance. Que ressentir cette douceur n’effaçait ni l’amour, ni la perte, ni la tristesse.
Alors j’ai choisi de ne pas refermer cet espace. J’ai laissé cette joie très simple — cette sensation de chaleur, de présence — prendre la place qu’elle pouvait. Elle ne m’a pas sortie du deuil, mais elle m’a offert une respiration.
La tristesse est revenue ensuite, naturellement. Le chemin du deuil s’est déployé.
Mais je savais désormais que la joie pouvait coexister avec la douleur, et qu’elle pouvait, parfois, soutenir l’être au lieu de le trahir.
Ces gestes simples, répétés, viennent peu à peu contredire les croyances qui filtrent la joie.
Ils permettent à cette émotion particulière de retrouver sa place naturelle :
non pas comme un moment exceptionnel, mais comme une présence de fond, disponible, régulatrice.
Là où la tristesse permet de faire de la place, la joie vient nourrir ce qui a été libéré.
Les deux émotions ne s’opposent pas : elles se complètent dans un même mouvement de transformation.
La joie comme toile de fond de l’être
La joie n’est pas une émotion comme les autres.
Elle n’est pas seulement une réaction agréable à ce qui va bien.
Elle est une toile de fond, un état de base sur lequel les autres émotions peuvent venir se déployer.
Lorsque la joie est présente en arrière-plan, la peur, la tristesse ou la colère peuvent exister sans nous envahir.
Elles passent, elles informent, puis elles se transforment.
La joie n’efface pas les épreuves.
Mais elle permet de les traverser sans se perdre.
Elle n’est pas le sommet du chemin.
Elle en est le sol vivant.
Et c’est sur ce sol, nourri par la joie, que l’être peut continuer à grandir, aimer et traverser la vie.
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Questions fréquentes
La joie n’est pas seulement une émotion ponctuelle. Elle correspond à un état de sécurité intérieure dans lequel le système nerveux peut se relâcher. Elle apparaît lorsque le corps ne perçoit plus de danger immédiat et que l’énergie peut circuler librement.
Parce que la joie peut être inhibée par des formes-pensées issues de l’histoire personnelle : peur de perdre, peur de se relâcher, peur de trop ressentir. Le corps reste alors en vigilance, même lorsque tout va bien.
Oui. La joie n’efface pas la peur, la tristesse ou la colère. Elle agit comme une toile de fond sur laquelle ces émotions peuvent apparaître, se traverser, puis se dissoudre, sans envahir l’être.
En travaillant à la fois :
sur le corps (respiration, détente, sécurité)
sur les émotions
sur les schémas inconscients qui freinent l’abandon
C’est un processus progressif, respectueux du rythme du système nerveux.
Oui, à condition de ne pas la forcer.
La joie se restaure indirectement, en travaillant la sécurité intérieure, le corps, et la transformation des formes-pensées qui filtrent l’expérience émotionnelle.
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